Mars 1996 :

Cœur contre Cœur

Album CD - distribution RM Music - Belgique

J’avais été invité à me produire en attraction lors d’un festival européen de la chanson, en 1993, au Sheraton de Bruxelles. Je venais juste de terminer « Mes si mes mains » et Francis Derydt, chef d’orchestre de la soirée, me proposa de la faire dans la formule la plus simple du monde : le piano et la voix. En fin de soirée, il vint me trouver en me disant : « Je possède un studio d’enregistrement. Si tes autres chansons sont aussi belles que celle-ci, je suis d’accord pour co-produire un album. » Ce fut le départ d’une grande aventure qui a duré trois ans. Premier enregistrement en août 1993. Fin de l’album en janvier 1996. La raison ? Cet album, c’est le budget d’une Mercedes neuve. Et il fallait trouver l’argent ! Petit à petit, avec l’aide de merveilleux amis, j’y suis arrivé.

On a fait le tri de toutes les chansons que j’avais écrites à l’époque. L’idée n’était pas d’en garder les douze meilleures, mais d’élaborer une véritable petit panorama de ce que je faisais. Avec des chansons plus commerciales. D’autres basées sur le texte. Des rythmées, comme « Moi Mâle ». Une chanson plus osée (« Obsédé de toi »). Et une autre faite pour les enfants (« La moustache de ma cousine »)

A mes douze chansons, on a ajouté une adaptation anglaise de « Mais si mes mains » et une reprise d’une chanson qui fut popularisée en 1967 par le groupe « The Mama’s and the Papa’s » : « Dedicated to the one I love ».

Pour réaliser cet album, j’ai eu la chance de bénéficier de la collaboration de musiciens de grand talent.
Francis Derydt (arrangements, claviers, choeurs) : en duo avec son épouse, Christiane, il avait été le lauréat d’un concours de chansons télévisé qui eut un grand succès en Belgique, Tête d’Affiche.
Christiane Derydt (chœurs) : son épouse.
Sylvia Cheyenne (chœurs) : sur scène, elle a accompagné des artistes comme Philippe Lafontaine, Claude Barzotti ou Franck Michaël.
Lou De Prijck (arrangements pour « Chacun pour soi ») : il est le compositeur de « Ca plane pour moi » et, par ailleurs, avec Two Men Sound ou les Hollywood Bananas, il a multiplié les tubes (« Dans les petites rues de Singapour », « Kingston Kingston », « Charly Brown »…)
Philippe Leprince (arrangements pour « Chacun pour soi ») : en Belgique, il est connu comme chanteur pour enfants.
Jean-Paul Furnémont (guitares) : en 1986, il avait co-composé « J’aime la vie », la chanson avec laquelle Sandra Kim a donné, pour la première fois, à la Belgique, une victoire à l’Eurovision.
Angelo Crisci (batteries) : l’autre co-compositeur de « J’aime la vie ».
Charly Depessemier (batterie) : batteur, ingénieur du son, producteur, il a travaillé sur les tournées de Johnny Hallyday, Julio Iglesias, Demis Roussos, Chuck Berry, Errol Gardner. Il est le producteur de Caroline Jokris. Et il a même sonorisé… le pape !
Géraldine Pecher (chant) : elle avait 12 ans et m’a accompagné dans « La moustache de ma cousine ».
Enregistré au Kricis Studio de août 1993 à janvier 1996
Photos : Christian Bellaire



Chaque chanson a son histoire


1. Le cœur qui bat (Eddy Przybylski/ Eddy Przybylski - Edouard Xavier Horemans)

« Si vous saviez comme j’ai le cœur qui bat en ce moment… ». C’était un début trop évident pour une chanson d’amour. Il fallait donc que cela soit un autre type de chanson. Une chanson qui raconte la peur de celui qui entre en scène. Et je peux dire qu’en parlant du trac, je savais - à cette époque-là - de quoi je parlais. Aujourd’hui, probablement à cause de l’expérience de la scène, il est très rare que j’éprouve encore quelque angoisse avant de chanter. »

2. Mais si mes mains (Eddy Przybylski)

J’adorais la chanson « Mes mains » de Gilbert Bécaud, mais je n’en aimais pas le final. C’est en la fredonnant, dans ma chambre d’hôtel, à Ténériffe, que je me suis dit que les mains méritaient un autre sort, dans une chanson. Je me suis aussi appuyé sur une idée de Johnny Logan dans « Hold me now ». « What can I say when words are not enough ? » ou « Que puis-je dire lorsque les mots ne suffisent plus » est devenu « Mes mains, elles te parlent quand les mots ne peuvent plus rien dire. ». Au retour de ce séjour à Ténériffe, la chanson était achevée.

3. Je suis jaloux (Eddy Przybylski)

C’est aussi une chanson écrite en quelques heures. L’histoire d’un homme jaloux… du soleil, du vent, de la pluie et même des poissons rouges. Je dois avouer que j’étais assez fier de cette façon inhabituelle de décliner le thème de la jalousie.

4. Chacun pour soi (Brasil, Brasil) (Eddy Przybylski¨Eddy Przybylski - Robert Delhauteur)

Histoire vraie. J’ai vécu, en 1995, une ravissante histoire d’amour avec Edjane Nascimento, une danseuse de Brasil Tropical. La vie de tournée, la vie d’artiste… Il fallait qu’elle reparte ailleurs. Je lui ai promis de lui écrire une chanson qui, à l’origine, était beaucoup plus longue. J’ai eu l’occasion de lui offrir la cassette avec la première version. Mon ami, le chanteur Timothy, m’a écrit le passage en langue portugaise. Lou De Prijck et son complice, Philippe Leprince, m’ont fait les arrangements de cette chanson.

5. Obsédé de toi (Eddy Przybylski/ Eddy Przybylski - Edouard Xavier Horemans)

J’ai le souvenir (lointain) d’avoir écrit cette chanson quasiment d’une traite. Avec deux couplets de plus que sur le disque (je les chante en scène !). Dans le feu de l’inspiration, j’aurais pu en trouver dix autres facilement. J’ai aussi le souvenir très précis de la toute première fois où je l’ai chantée en public. Là, ce n’était plus une question de trac : j’avais peur. Mais les gens ont tous ri. C’était gagné !
Je l’ai chantée notamment au mariage de l’humoriste Richard Ruben. J’ignorais que le rabin se trouvait dans la salle. Je suis allé m’excuser auprès de lui. Il m’a expliqué que si l’on avait l’occasion de faire rire et qu’on ne le faisait pas, c’était, à ses yeux, un péché !

6. Dedicated to the one I love (L. Palling / R. Bass)

Une reprise, c’est un péché d’orgueil ! C’est vrai : on choisit ce qui, à ses yeux, est une des plus belles chansons du monde. Et on se dit : « Moi, je vais faire mieux ! ». Pour la préparer, j’avais trouvé un vieil album des « Mama’s and Papa’s » sur lequel toutes les chansons étaient des mêmes auteurs. Sauf celle-ci. J’ai supposé qu’il en existait donc une première version encore plus ancienne. Effectivement, en dînant dans un petit restaurant de Bruxelles, j’ai soudain entendu « ma » chanson dans une version motown et très rétro que je ne connaissais pas. Renseignements pris, elle avait été créée en 1962 par un « girl’s band » black d’alors, les Shirelles.

7. Ma femme (Eddy Przybylski/ Eddy Przybylski - Franz Fiévez)

C’est la deuxième chanson que j’ai écrite dans ma vie (la première s’appelait « Moi, je crois en demain » et ne figure pas sur l’album). « Ma femme » date de 1987. J’avais enregistré la première version, avec un arrangement de Franz Fiévez, au domicile de Claude Barzotti.

8. Vous Nous Tout (Eddy Przybylski/ Eddy Przybylski - Edouard Xavier Horemans)

« Vous Nous Tout », une conjugaison inhabituelle. J’avais très peur que personne ne comprenne la logique de cette chanson. Apparemment, cela n’a jamais posé de problème à quiconque.

9. Moi Mâle ! (Eddy Przybylski)

C’était un soir, chez Claude Barzotti. Nous discutions du marché du disque devenu très difficile. A l’époque, le grand succès était « C’est l’amour » de Léopold Nord et Vous. « C’est cela qu’il faut faire aujourd’hui ! » m’a dit Claude. Puis, comme nous devions nous rendre ensemble à Bruxelles, mais que nous avions décidé de prendre chacun sa voiture, j’ai réfléchi à tout cela dans la voiture. A un feu rouge, j’ai ouvert ma fenêtre et je lui ai chanté le refrain de « Moi Mâle ! ». Les couplets, je les ai aussi faits dans la voiture, sur l’autoroute Bruxelles-Liège. Ce fut une chanson très automobile.

10. Dieu est… (Eddy Przybylski/ Eddy Przybylski - Edouard Xavier Horemans)

Deux fois, dans ma vie, il m’est arrivé de renoncer à un spectacle pour cause de maladie. Chaque fois, il s’agissait de podiums avec de nombreux artistes. Si bien que je ne manquais pas trop. Cette fois-là - j’en demande encore pardon à Baldo, un ami qui m’avait invité - j’avais une fièvre de cheval. Cloué sur le divan du salon, probablement pris de je ne sais quel délire, j’ai commencé à fredonner « Dieu est une femme ». Il fallait trouver d’autres arguments pour parachever la chanson. Ils sont venus assez rapidement.

11. Cœur contre Cœur (Eddy Przybylski/ Eddy Przybylski - Edouard Xavier Horemans)

Une autre chanson automobile. Je me trouvais à Liège. Je devais me rendre à Bruxelles pour y assister à un concert de Mikis Theodorakis. Dans la chanson m’est venu le thème « Deux corps, cœur contre cœur ». La suite a découlé très vite. A Bruxelles, après quelques arrêts à des parkings, histoire de prendre des notes, la chanson était écrite.

12. Paradis, chambre des âmes en peine (Eddy Przybylski)

Aux funérailles de mon père, je me trouvais aux côtés de ma mère qui pleurait. Je songeais à toutes ces leçons de catéchisme, à l’école, où on nous expliquait qu’à la mort, on montait au paradis et que tout, là-bas, devenait beau. Mais comment pourrait-on vivre un paradis en sachant qu’en bas, ceux que vous aimiez sont perclus de souffrance ? Le soir, ayant retrouvé la solitude de mon appartement, j’ai commencé à imaginer cette chanson.

13. And if my hands (Evie Lewinson/ Eddy Przybylski)

« Mais si mes mains » est, sans doute, la chanson à laquelle je croyais le plus, en sortant cet album. Je désirais en avoir une version anglaise. J’ai reçu plusieurs textes, trop souvent basés sur une traduction littérale. Ce qui rendait le texte anglais très difficile. Evie Lewinson, qui est aussi une chanteuse lyrique, a su trouver des formules simples et frappantes. Elle est aussi une extraordinaire guide de studio pour un chanteur.

14. La moustache de ma cousine
(Eddy Przybylski/ Eddy Przybylski - Edouard Xavier Horemans)

Ma fille, Sylvie, avait huit ans. Un jour, après un petit déjeuner, alors qu’elle avait la bouche complètement barbouillée de chocolat, elle m’a dit : « Papa, pourquoi n’écrirais-tu pas une chanson pour enfants ? On pourrait la chanter tous les deux ! » J’ai fait cette chanson. Je ne suis d’ailleurs pas allé chercher l’imagination très loin. Mais, le temps de faire l’album, ma fille avait grandi. En 1996, elle avait 15 ans et n’avait en tout cas plus l’âge de cette ritournelle. C’est la fille d’un copain, Géraldine Pecher, qui est venu me prêter sa voix. Elle avait beaucoup travaillé. Mais, devant le micro, elle était très impressionnée. On peut difficilement le lui reprocher.