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Dans l’ombre de son ombre Eddy Barsky Ce spectacle n'est définitivement pas un spectacle d'imitation de Jacques Brel. En deux heures, quarante chansons de Brel sont reprises, en tout ou en medleys. Si Eddy Barsky est seul sur scène et qu'il chante sur des musiques préenregistrées, au moins chacune des quarante chansons a-t-elle été travaillée de manière personnalisée. Les quarante arrangements sont différents - et parfois très différents ! - de ceux qui avaient faits pour Brel. L’idée était d’offrir une image nouvelle, plus moderne, des chansons de Jacques Brel. Elle est aussi d’offrir des surprises. Et des surprises, ce spectacle en contient énormément. Y a-t-il un fil conducteur au spectacle "Dans l'ombre de son ombre" ? - “ Pas un fil conducteur, mais un parcours. Il y a plusieurs tableaux. Dont un sera consacré aux grands succès de Brel, un autre à ses chansons plus sociales. Un troisième racontera, en quelques chansons, toute la vie d’un homme. L’enfance. Puis l’école. Puis les étudiants qui se moquent des bourgeois sans se rendre compte que, s’ils réussissent leurs études, ils seront appelés à devenir eux-mêmes des bourgeois. Après, c’est le service militaire. Et puis les femmes qui finissent par faire de nous de vieux amants, avant que l’on soit tout simplement des vieux. Ensuite, c’est la mort. Mais même avec la mort, ça n’est pas tout à fait fini. Il y a une surprise. La cerise sur le gâteau… ” Pourquoi Eddy Barsky chante-t-il autre chose que les chansons d’Eddy Barsky ? - “ J’ai toujours considéré que la finalité d’une chanson n’était pas d’être écoutée, mais d’être chantée. Avant que la télévision n’encombre les soirées familiales, les gens s’asseyaient en famille, prenaient une guitare, un accordéon ou rien du tout et ils chantaient tous ensemble. Quand on voyage en voiture, les parents chantent avec les enfants. C’est ça qui fait la beauté de la chanson et un peu la tristesse des productions d’aujourd’hui, même si avec Francis Cabrel, Céline Dion, Jean-Jacques Goldman ou Lara Fabian, on revient à un répertoire de chansons plus chantables. C’est vrai que cette dimension des “ chansons à chanter ” réapparaît. Il y a d’abord la mode des karaokes. Même en télévision, on ne fait plus d’émission de variétés sans proposer des duos où les artistes chantent autre chose que leur succès du jour. C’est très bien ainsi. Personnellement, si j’ai écrit mes propres chansons, c’est pour m’imposer un style, me forger une personnalité. Mais, depuis le premier spectacle que j’ai fait, j’ai toujours mêlé à mes chansons, d’autres qui n’étaient pas de moi. Et notamment “ Ne me quitte pas ” de Jacques Brel, puis, dans un medley que j’avais fait en hommage à la chanson belge, je commençais par “ Le plat pays ” La place de Jacques Brel dans votre vie ? - « Personnellement, je suis issu de la génération SLC. Salut Les Copains était une émission de radio que tous les jeunes des années 60 suivaient religieusement et, chaque mois, on achetait le magazine du même titre. Nous y étions nourris de ce qu’on appelait les chanteurs yéyé : Johnny Hallyday, Claude François, France Gall, Françoise Hardy, les Beatles… A 19 ans, je connaissais l’existence de Jacques Brel. Je me souviens très bien de sa tournée d’adieu. Lorsqu’il est passé chez nous, à Liège, ce fut phénoménal. Mais, à la vérité, je ne savais quasiment rien des chansons de Brel. Et puis, un soir de 1972, je suis allé voir le spectacle de Sylvie Vartan à l’Olympia. Elle y chantait « Ne me quitte pas » et j’étais bouleversé. Le lendemain, de retour à Liège, je me suis précipité chez un disquaire. J’ai acheté le « 45 tours » dans la version de Brel. Il y avait, à l’époque, quatre chansons par disque. Sur celui-là, il y avait aussi « Seul » qui était un autre petit bijou. Il se trouve qu’un mois plus tard, j’ai appris que Brel tournait un film, « Far West », dans un charbonnage de Herstal. Juste à côté de Liège. J’étais jeune journaliste. Je me suis infiltré sur le plateau et j’ai passé une journée à regarder Jacques Brel au travail. Souvent, il venait vers moi pour s’excuser de n’avoir pas plus de temps à me consacrer. Pensez ! Moi, j’étais ravi. Quelques semaines plus tard, je commençais mon service militaire. A l’armée, on pouvait acheter les albums quatre fois moins cher que dans le civil. J’en ai profité pour faire le plein d’albums de Jacques Brel. Et comme tous ceux de ma génération, je garderai éternellement une certaine frustration de n’avoir jamais vu Brel sur scène. » Vous avez monté aussi un spectacle avec les chansons de Johnny Hallyday et un autre avec celles de Elvis Presley... - “ J’aime tous les genres. Vraiment ! J’ai autant de plaisir à chanter du Presley que du Brel, du Barzotti ou que du Brassens. Il y a tant de chansons que je rêve encore d’interpréter. Ce sont des plaisirs extraordinaires que de découvrir ou de travailler à des orchestrations, d’imaginer une manière bien à soi de reprendre quelque chose de très connu en essayant d’y apporter une touche personnelle, un petit élément qui surprend et qui, je l’espère, séduit. Mes spectacles Hallyday et Presley sont très différents de celui sur Brel. Ce sont des spectacles amusants que j’ai fait surtout pour mettre de l’ambiance, faire taper dans les mains, faire plaisir aux gens et me faire plaisir aussi. Mais, dès le départ, il est évident qu’en abordant un personnage comme Brel, on s’attaque à une œuvre. Cela prend et doit prendre une dimension différente. Il fallait que je me vote les moyens. ” Vous avez créé ce spectacle en 1998, dans l’année du vingtième anniversaire de sa mort ? - “ Pour cette raison-là ! Depuis que je chante, et comme beaucoup de gens d’ailleurs, je rêvais de monter un spectacle Brel. Mais, dans mon esprit, il était clair qu’un spectacle Brel, ça ne se fait pas avec des enregistrements karaoke que l’on trouve à gauche ou à droite. Il fallait tout faire réenregistrer, réorchestrer et personnaliser. Et ça, c’est un fameux budget ! Il faut aussi un minimum de décors. Ce qui suppose un problème de transport. Pour un chanteur qui est seul et sans infrastructure commerciale autour de lui, c’est une entreprise colossale que j’ai toujours retardée, retardée, retardée. Et c’est vrai qu’à l’approche de ce vingtième anniversaire, je ne disposais pas de plus de moyens qu’auparavant. Mais je me suis dis que je serais franchement ridicule d’arriver un an ou deux trop tard. C’était maintenant ou jamais ! Et j’en rêvais trop pour que ce soit jamais. Je mentirais en affirmant que je n’ai pas eu de scrupules ou d’interrogations. Mais, en même temps, ce n’est pas un crime que d’honorer un artiste. Il vaut mieux, vingt ans après sa mort, susciter encore des passions que d’être complètement oublié. ” Pourquoi dites-vous qu’on ne peut pas se contenter de chanter Brel avec ses orchestrations ? - “ Parce que personne ne fera du Brel mieux que Brel et que personne ne fera du Barsky mieux que Barsky. Donc, si je voulais présenter un spectacle cohérent, il ne fallait pas que je sois un imitateur de Brel, mais réellement “ Barsky dans un spectacle consacré à Brel ”. Sur mes affiches, on ne met pas “ Eddy Barsky chante Brel ” mais “ Eddy Barsky et les chansons de Brel ”. Si on invite les gens, il faut leur apporter de la surprise et de l’étonnement. Le choix des chansons amènera déjà des surprises. Bien sûr, il y a “ Ne me quitte pas ”, “ Amsterdam ”, “ Les Vieux ”, “ Ces gens-là ”, “ Quand on n’a que l’amour ” et “ Le plat pays ”. Mais, en tout ou en medley, je propose quarante chansons et certaines sont beaucoup moins connues, voire inédites. Je reprends notamment la toute première chanson de Jacques Brel, qu’il avait gravée en 1953, à Bruxelles, sur un 78 tours. Et je pense que cette chansons, qui s’appelle “ Il y a ”, n’avait plus jamais été faite sur scène depuis un minimum de quarante ans. Par personne ! Mais je veux surprendre aussi par la manière dont je chante les grands succès. Cela fait des années que je fais “ Ne me quitte pas ” a capella. Pour “ Les prénoms de Paris ”, on a un rythme un peu jazzy que j’adore. Et puis, j’ai toujours voulu qu’ “ Eddy Barsky sur scène ”, ce soit un spectacle où les gens rient, participent et s’amusent. Vous allez me demander : est-ce qu’il est possible de rire, de participer et de s’amuser avec des chansons comme “ Ne me quitte pas ”, “ La Fanette ” ou “ Les Vieux ” ? Précisément, Brel, ce n’est pas que cela. Et pimenté à la sauce Barsky, cela donne – je l’espère – autre chose d’inattendu. C’est en tout cas ce que je recherche. Ce dont je rêve maintenant, c’est qu’après le spectacle, des gens viennent me dire : “ Moi, je croyais bien connaître Brel et, ce soir, j’ai l’impression que j’ai encore beaucoup à apprendre.” Rêvez-vous de sortir vos versions de Brel sur disque ? - « Non seulement je n’en rêve pas, mais je ne le souhaite pas. Un spectacle, c’est quelque chose de vivant, c’est une grande fête. Et si vous avez l’envie d’entendre aujourd’hui les chansons de Brel dans le contexte d’un spectacle, il n’y a pas le choix. L’unique solution est d’aller voir un autre chanteur qui interprète Brel. Le disque, lui, m’apparaît comme un produit de commerce. Si vous avez envie d’écouter les chansons de Brel sur disque, le mieux reste et restera toujours d’acheter un album de Jacques Brel. A l’inverse, si je refais des disques, avec des chansons que j’ai écrites, je n’exclus pas l’idée de glisser, entre elles, une ou deux chansons de Brel. Mais pas des standards. Pas « Ne me quitte pas », « La chanson des vieux amants » ou « Amsterdam ». Je préférerais reprendre des chansons à redécouvrir comme « Le diable » ou ma préférée, « Les singes ». Cela étant dit, c’est une question à laquelle il n’est pas possible de répondre de manière définitive. Si un jour un producteur voulait investir dans ce spectacle, lui donner une autre dimension, en faire le mégaspectacle dont je rêve et sortir un CD « live » pour amortir ses coûts, la question se poserait dans des termes extrêmement différents. Mais on en est encore très loin… » Depuis 1998, on peut supposer que ce spectacle a vécu de grands moments... - « Oh oui ! Quand, après un spectacle, on frappe à la porte de la loge, que vous ouvrez, que c’est le frère de Jacques Brel qui vous dit « Laisse-moi vous embrasser ! », on ne vendrait pas un moment pareil même pour une fortune. Ce spectacle, je l’ai donné dans des théâtres magnifiques mais aussi dans des fêtes de la bière, en plein air. Toujours avec le même impact. Je l’ai exporté aussi. En France, bien sûr. Mais aussi en Allemagne. Et à Beyrouth ! Chanter Brel au Liban, c’est quand même quelque chose. A présent, il est prévu d’aller faire ce spectacle en Jordanie. Ce sont de grands moments. » Contact : Eddy Barsky - 409, Chaussée de Gand - 1080 Bruxelles |